Talking Entrepreneurship

Persévérance, bon sens et passion: les début prometteurs d'Anissa Zabala, Make-Up Artist

Anissa Zabala est une jeune maquilleuse, fraîchement arrivée dans le milieu. Forte de son expérience en design graphique et de ses emplois précédents, Anissa a choisi de donner un tournant décisif à sa vie professionnelle en décidant de suivre sa passion et de devenir MUA (Make-up artist).

Talking Entrepreneurship a eu envie de suivre son parcours et de mettre en lumière une étape cruciale pour tout entrepreneur: le grand saut! Parce qu’être maquilleuse à son compte, c’est être entrepreneur avant tout et savoir saisir les opportunités artistiques qui se présentent.

Comme beaucoup de monde, Anissa a pris quelques chemins de traverses avant de trouver sa voie. Elle nous raconte ce parcours courageux, déterminé, mais fluide et finalement très naturel…à son image.

Zoom sur ses débuts réussis.

TalkingEntrepreneurship (TE) : Peux-tu nous parler de ton parcours? Comment en es-tu venue à t’orienter vers le maquillage?

Anissa Zabala (AZ) : Je suis d’abord allée au Cégep en design graphique pendant 3 ans. J’ai travaillé un an et demi pour une compagnie puis j’ai décidé de partir en voyage pour faire le tour de l’Europe avec mon sac à dos. Pendant ce temps là, j’ai visité différents musées, différentes villes et je me suis dit que j’avais encore beaucoup de choses à apprendre en design. Je suis donc retournée à l’école en design graphique à l’Université Laval. J’ai gradué et cherché un emploi. Mais je voyais les personnes avec qui j’avais gradués qui étaient très motivées, qui voulaient se partir une compagnie, faire des projets. Moi ça ne me tentait pas, j’appliquais pour des jobs, mais je n’étais pas plus motivée que ça. En fin de compte quand ma job alimentaire a fermé, je suis restée quelques mois à me poser beaucoup de questions. J’ai pris le temps de me demander vraiment : “Qu’est ce que je veux faire? Où est-ce que je m’en vais?” Puis, dans mes recherches sur internet, je suis tombée par hasard sur une formation “beauty advisor” qui avait l’air vraiment fun. De là, j’ai réalisé que j’avais le profond désir d’essayer le maquillage.

J’aime depuis toujours le cinéma et j’avais parallèlement travaillé sur un film. L’expérience m’avait plu et je cherchais la façon de revenir sur un plateau. Le maquillage était un bon moyen. J’ai donc regardé plusieurs écoles et je suis tombée sur celle de Londres.

Ça faisait longtemps que je pensais faire une formation en maquillage, mais financièrement je n’avais pas les ressources nécessaires malheureusement. Puis on m’avait toujours dit “tu ne peux pas faire ça, ce n’est pas classique”, “ce n’est pas une carrière, pas dans un bureau du lundi au vendredi de 9 à 5h”.

Mais à un moment donné, je me suis dit “ok c’est un gros risque à prendre mais si ça ne marche pas tanpis, au moins j’aurai essayé”.

À Londres, j’ai réalisé qu‘il y avait d’autres gens comme moi, que je n’étais pas la seule. On était tous passés par des chemins différents pour se rendre là, ça m’a considérablement rassurée.

unnamed (2)

TE: Dirais-tu que ça a été difficile de trouver ta voie?

AZ : Oui, vraiment. En design graphique, je n’étais pas bien. Je ne me voyais pas faire des brochures, des logos corporatifs ou du code. Je trouve ça vraiment fascinant mais je sais qu’il y a des gens qui sont bien meilleurs que moi là-dedans. Je n’étais  pas assez motivée pour me rendre loin dans ce domaine. Moi, ce qui m’intéressait le plus c’était le côté esthétique: est-ce que la photo est belle, le contraste, les couleurs…

C’était dur de réaliser que tu as beau suivre le mode spécifique imposée par la société, ça n’aboutit pas à ce que tu veux. Autant la stabilité est plaisante, autant travailler du lundi au vendredi de 9 à 5h dans un bureau, je ne trouvais pas ça plaisant du tout. La routine au travail, je ne suis pas capable, c’est ça qui était difficile. J’aime que ce soit toujours différent.

TE : À quelles peurs /défis as-tu fais face en choisissant de changer de voie et de te lancer à ton compte comme MUA?

AZ : Les peurs c’était de ne pas réussir ou de partir à Londres et me rendre compte que je n’aimais pas mon cours de maquillage! Ça a eu un coût tout ça, c’est beaucoup de frais d’aller à Londres, je me disais que si ça ne marchait pas j’aurai gaspillé mon énergie, mon temps et mon argent. C’était un gros risque, mais c’était maintenant ou jamais, je n’avais pas dix mille responsabilités qui me retenaient ici.

unnamed (3)

TE : Être ton propre patron t’a-t-il aidé à te partir à ton compte?

AZ : Clairement, c’est une liberté de pouvoir prendre des décisions sur ce que je veux faire. En design graphique parfois je travaillais sur des choses que je n’aimais pas, qui n’étaient pas mon style. Ce n’est pas plaisant que ton nom soit associé à un travail que tu n’aimes pas. À la longue ça devenait lourd de travailler tous les jours sur quelque chose que je ne trouvais  pas beau. C’était ma job de vie et pourtant  je me disais “bon s’il faut faire toujours des compromis sur ce que j’aime, ça va être long”, ça ne me tentait plus! C’était le bon moment pour changer pour plus de libertés.

TE : Comment as-tu procédé pour faire ta place dans le milieu du maquillage?

AZ : Je n’avais absolument aucun contact au début! À Londres, avant même de revenir ici, j’ai commencé à envoyer des courriels. Une de mes amies travaille dans le cinéma à Montréal. Elle m’a donné quelques noms, elle m’a expliqué d’où elle les connaissait et aidé un peu sur le type de courriel à envoyer. J’ai aussi utilisé Facebook, les groupes, les forums etc. À l’école ils nous ont suggéré aussi de faire du testing (du travail en Tf ici), c’est-à-dire que tu travailles gratuitement pour te créer un portfolio. Sans portfolio, je savais que je ne pouvais me rendre nulle part, c’était donc l’étape numéro 1 car je n’avais que deux photos à présenter, à l’époque.

J’ai donc cherché des collaborations possibles pendant une longue période. J’ai contacté plus de 200 personnes, et là-dessus j’ai du avoir dix “oui” et quelques “peut-être”.

Mon premier contrat a été pour une blogueuse lifestyle de Montréal Les petites Manies. Elle m’a écrit la veille au soir pour me dire que sa maquilleuse n’était plus disponible: elle avait donc besoin de moi le lendemain matin à Montréal! J’ai réfléchi puis je me suis dit “let’s go, prends le risque!” Et j’ai sauté sur l’occasion. Puis de fil en aiguille, au fur et à mesure des shootings, avec le bouche à oreilles, l’entente avec les gens, j’ai eu de plus en plus de contrats. Puis, plus ça avance, plus c’est les gens qui veulent travailler avec moi versus moi qui les sollicitent. C’est plaisant ça. Il faut pousser aussi les collaborations qui marchent bien, on essaie de soumettre nos photos à des magasines par exemple. J’ai essayé d’autres choses aussi, comme travailler pourNota Bene et maquiller les entrepreneurs de la ville de Québec pour une émission de télé. Cela m’a donné une expérience en vidéo.

Je réalise qu’en 4 mois j’ai eu la chance d’essayer vraiment beaucoup de choses. J’ai fait beaucoup de shootings et j’essaie de travailler avec des gens de plus en plus haut placés  pour essayer de me faire connaître.

Il s’agit aussi de trouver des gens qui sont au même stade que toi et avec qui tu peux gravir les échelons et monter.

Pour pouvoir en vivre financièrement j’ai aussi fait des mariages. Mais je  fais attention, pour autant, à ne pas accepter tout ce qui passe contrairement à ce qu’on m’a dit au début, sinon ça nuit à ton travail.

unnamed

TE : En quoi ton bagage en communication te sert-il ?

AZ : Le branding c’est extrêmement important. C’est important pour moi que mon site et mes cartes d’affaires me ressemblent.

Au début, je pensais que le design graphique avait été une erreur de parcours mais au final, ça m’a aidé à faire mon site toute seule, sans le besoin d’engager quelqu’un. Je suis autonome là-dedans et ça n’a pas de prix. Ça me permet aussi d’avoir une certaine connaissance d’aspects techniques importants pendant un shooting.

TE : T’es tu fixée des étapes/deadlines pour faire ta place ?

AZ : J’essaie d’y aller de façon réaliste. Exemple, sur instagram, quand j’ai commencé j’avais 2 personnes qui suivait ma page, maintenant je suis rendue au-dessus de 400, c’est une mini étape mais quand même significative. J’évite de me stresser trop non plus, j’y vais jour après jour.

En revanche, j’essaie d’avoir la rigueur d’aller toujours de l’avant parce que c’est sur que ça ne va pas tomber du ciel. J’essaie de provoquer certaines collaborations aussi. Je travaille fort  et je veille à garder de bonnes relations avec les gens avec qui je travaille.

TE : Que te souhaiter pour la suite?

AZ : J’aimerais travailler de plus en plus dans le domaine de la mode. Travailler avec des artistes c’est passionnant parce que vraiment créatif, tu ne fais jamais deux fois la même chose. Travailler sur un film aussi.

TE : Quelles sont, selon toi, les erreurs à ne pas commettre?

AZ : Personnellement,  je trouve que toutes les erreurs que tu fais vont t’amener quelque part. Mais c’est vrai qu’il faut par exemple, faire attention  à comment on aborde les professionnels, toujours se rappeler que la personne n’est pas ton ami, pas quand tu commences du moins. Puis la marge est fine entre persévérance et insistance lorsque l’on contacte le monde.

Je pense aussi qu’il faut parler de ce que l’on fait et de ce que l’on recherche autour de soi. Et bien entendu aiguiser toujours son oeil artistique.

TE : En parlant d’oeil artistique, sur ton site internet , très beau en passant,  on perçoit déjà ton style comme maquilleuse? Comment l’as-tu défini?

AZ : Ça se définit tout seul, naturellement je dirais. Lorsque tu essaies trop de déterminer, tu te mets dans des cases et tu passes à côté de certaines choses.

L’important est de connaître ses limites. Parfois, j’ai été surprise de me dépasser dans un style de maquillage différent, d’autres fois j ai pu confirmer que je n’aimais pas telles techniques ou autres.

Il faut s’essayer. C’est ça qui est le fun aussi: les tendances changent constamment, il faut que ta créativité reste à l’affût!


Vous pouvez voir davantagesur le travail de Anissa Zabala sur son site web:www.anissazabala.com

Crédit photo selon l’ordre d’apparition:

Entrevue par Gaëlle Hannebicque